L’INSEE vient de publier une enquête très instructive sur les mutations de l’emploi en France, ces 50 dernières années. Quasi disparition des ouvriers au profit des employé-e-s des services, montée de l’emploi des femmes, recul de l’âge d’entrée sur le marché du travail…. Des données statistiques décryptées sous forme de questions réponses.
Quelle a été l’évolution du marché de l’emploi depuis les années 50
En 1950, la structure du marché du travail était bien différente de celle d’aujourd’hui. A l’époque, seul le chef de famille exerce une activité à l’extérieur du domicile, il travaille le plus souvent comme ouvrier, en CDI dans une entreprise industrielle qui s’appuie sur une organisation de travail tayloriste. Au cours de ces cinquante dernières années, l’emploi s’est féminisé, urbanisé et a évolué vers le secteur tertiaire. Aujourd’hui, avec des taux de chômage record, l’emploi est devenu plus qualifié et les jeunes rentrent de plus en plus tard sur le marché du travail. La pénibilité s’est lentement mue en une autre souffrance : le stress lié à la flexibilité…
Pourquoi observe-t-on une forte montée de l’emploi féminin depuis les années 60 ?
L’emploi féminin s’est développé pour différentes raisons : l’élévation du niveau général de la formation ; la nécessité pour les ménages de ramener un double salaire qui leur permet de participer aux nouveaux modes de consommation de masse ; la réponse à la demande des entreprises de certains secteurs qui doivent trouver de la main d’œuvre rapidement notamment chez les femmes ; les femmes qui souhaitent être autonomes, se réaliser et exister socialement.
Pourquoi l’arrivée des femmes à des postes d’encadrement s’accompagne de plus d’inégalités entre les femmes ?
Actuellement les femmes accèdent de plus en plus à des postes d’encadrement pendant que d’autres occupent des emplois faiblement qualifiés, des emplois de service qui faisaient autrefois partie de la sphère domestique. D’un côté nous avons des femmes qui gagnent bien leur vie, qui mènent une carrière intéressante, sur le modèle de leurs homologues masculins et qui « sous-traitent » les tâches domestiques à d’autres femmes.. De l’autre nous avons des femmes peu qualifiées, qui subissent le temps partiel et les bas salaires sans aucune possibilité de se faire aider dans la sphère familiale.
La formation continue joue-t-elle pleinement son rôle en France ?
L’enquête d’Olivier Marchand nous apprend que le système de formation continue n’a pas bien joué son rôle face aux mutations de l’emploi, surtout pour les travailleurs âgés et non qualifiés. Si les femmes et les hommes sortent beaucoup plus diplômés, 51% des personnes obtiennent un diplôme supérieur ou égal au Bac en 2007 contre 8.1 % en 1962, avec un net avantage pour les femmes, les personnes les moins formées sont celles qui ont le moins accès à la formation continue.
Pour quel résultat ?
La vie active se concentre en France sur les âges intermédiaires : les jeunes rentrent de plus en plus tard dans l’emploi et les séniors sortent plus tôt. Jusque dans les années 1990, ils ont été incités à quitter leur emploi avant l’âge légal de la retraite. La tendance est aujourd’hui freinée, les séniors reprennent du poids dans l’emploi car ils sont nombreux, au détriment des jeunes qui sont les premières victimes de la poussée du chômage.
Face à la crise, les statuts se multiplient : l’industrie externalise et sous-traite ses services, le statut d’indépendant joue un rôle important dans la création d’entreprises, l’interim et les CDD qui sont en augmentation touchent aussi les personnels qualifiés, le temps partiel inexistant en 1960 concerne aujourd’hui 18% des salariés.





