Brigitte Gresy est membre de l’observatoire sur la parité. Elle publie, le 8 juillet 2009, un rapport sur l’égalité professionnelle et salariale qui pointe la précarité du travail féminin, la disparité salariale entre les femmes et les hommes, les difficultés persistantes rencontrées par les femmes pour accéder aux responsabilités. Elle y fait des propositions pour agir collectivement sur le terrain de l’égalité professionnelle et salariale. Deux ans plus tard, en attendant les sanctions prévues par la loi de novembre 2010 sur les retraites, faisons le point sur les avancées obtenues et les leviers d’action !
Il ya deux ans, vous décriviez une situation accablante, avons-nous vraiment avancé sur l’égalité professionnelle et salariale en France ? La prise de conscience a-t-elle eu lieu ?
Il existe des éléments structurels au marché du travail qui freinent les avancées : la précarité du travail féminin est renforcée par la crise économique et les écarts de salaires restent importants.
En revanche, la situation a évolué positivement pour l’accès aux femmes à la gouvernance des entreprises et leur représentativité dans les Conseils d’Administration puisqu’une loi sur la gouvernance en entreprise a été promulguée en janvier dernier, rendant obligatoire 40% du sexe sous représenté dans les 6 ans au sein des CA. Par ailleurs, la mesure « transparence » qui oblige les organisations à diffuser leurs chiffres et leurs avancées en matière d’égalité professionnelle va également devenir opérationnelle.
On assiste à une prise de conscience progressive des employeurs mais aussi et surtout des femmes elles-mêmes. De nombreux réseaux de femmes se créent dans les entreprises : elles y expriment leurs difficultés, leurs désirs, travaillent ensemble pour que leurs souhaits soient pris en compte. Ces réseaux sont un véritable levier pour qu’elles prennent conscience de leurs talents et pour qu’elles agissent aussi sur la culpabilité, sentiment très souvent partagé par les femmes. Se créent également des réseaux constitués d’hommes et de femmes qui agissent ensemble pour faire avancer la mixité dans l’entreprise. Ce sont des groupes de pression, de concertation qui permettent un réveil de la démocratie, une mobilisation collective à l’image des réseaux sociaux sur internet. Ces réseaux engagent les femmes à être davantage actrices de leur parcours et à poser la question de l’égalité salariale dans leur organisation.
Comment faire mieux et quels sont les bons leviers ?
Le succès dépend des décrets à venir et des leviers d’action que nous pouvons mettre en place. Les décrets d’application de l’article 99, inscrit dans la loi de novembre 2010 sur les retraites devraient dès le 1er janvier 2012 préciser les modalités de la sanction prévue pour les organisations qui n’auraient pas signé d’accord ou élaboré un plan pour l’égalité femme-hommes. L’amende peut aller jusqu’à 1% de la masse salariale.
D’autres préconisations restent en suspens : promouvoir davantage de femmes dans les organisations syndicales ; simplifier le code du travail pour que n’existe qu’une seule loi sur l’égalité professionnelle et salariale.
Aujourd’hui il faut que l’Etat s’organise pour améliorer le système de contrôles. Le reporting des actions menées pour l’égalité professionnelle dans les entreprises passera par les Directions du Travail, il faut donc organiser les services pour qu’ils aient les moyens de collecter les informations.
Ces leviers permettront de mesurer l’efficacité de la loi, de relancer la négociation salariale et de revitaliser les rapports sociaux via l’égalité salariale.
Quelle est la position du gouvernement sur ces questions et où en est aujourd’hui la concertation ?
En juin, Roselyne Bachelot met en place une table ronde avec les partenaires sociaux sur la précarité du travail des femmes. Il faudra aborder la question de la compensation des arrêts dans la carrière des femmes au niveau des salaires, des promotions, de l’accès à la formation. Cette table ronde portera également sur le partage des responsabilités familiales et professionnelles. Je travaille actuellement sur un nouveau rapport qui abordera la question de la parentalité masculine et fera des propositions, notamment sur les congés parentaux et l’organisation du temps de travail.
Mais l’un des vecteurs essentiels, c’est l’identité au travail. Nous devons dire aux femmes qu’elles ne sont pas responsables du fait que la mixité n’a pas été pensée dans le monde du travail et qu’elles subissent un formatage social qui répond à des stéréotypes de genre et ce dans tous les milieux, ce qui crée des tensions et du stress. La persistance de ces stéréotypes mène à des formes d’exclusion quotidienne des femmes et fragilise leur évolution.
- Téléchargez la synthèse du rapport Gresy.pdf
- Pour permettre aux femmes et aux hommes de témoigner de leurs expériences, Brigitte Gresy a mis en place le site : http://www.sexismeordinaire.com/
Une expérience dont ce sont emparés les internautes et les lecteurs de son livre : Petit traité contre le sexisme ordinaire – Editions Albin Michel





