Au service de l'égalité femmes/hommes dans les entreprises et les territoires

L’ADEL soutient l’entrepreneuriat des femmes des quartiers

Couv ADELL’ADEL (Agence pour le développement de l’économie locale) propose des dispositifs d’accompagnement de projet de création d’activité pour favoriser l’entrepreneuriat des femmes des quartiers populaires. Alors que les femmes sont aujourd’hui massivement entrées sur le marché du travail, leur potentiel en tant qu’actrice économique demeure fortement sous-estimé. Cette réalité est encore plus forte pour les femmes les moins bien dotées en capital économique, social et culturel. Elles doivent notamment faire face à un déficit flagrant d’accompagnement vers la création d’entreprise.

Angélique Rose, actuellement déléguée générale de l’ADEL, a accordé un entretien à Perfégal.

Portrait d’une association qui vise à étendre le cadre de la création d’entreprise pour que les femmes des quartiers sensibles puissent développer leurs projets innovants…

Des femmes qui ne seraient pas prédestinées à la création d’entreprise…

Pour comprendre l’ambition portée par l’association il faut revenir sur le contexte social et politique de sa naissance. L’association a été fondée en 1983 par Madeleine Hersent. Dans les années 80, les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail. Au même moment, notamment dans les quartiers populaires, les femmes se mobilisent au sein de collectifs. Elles sont alors appuyées par les pouvoirs publics qui voient là un support de régulation pour canaliser la jeunesse des quartiers, et notamment les actes de violences commis par certains jeunes garçons. Si cette capacité « régulatrice » des femmes des quartiers est mise en avant en revanche leur potentiel économique est peu valorisé. A tort.

Certes, ces femmes ont souvent un bagage scolaire faible, elles maîtrisent peu voire pas du tout les codes sociaux et les règles du jeu de la création d’entreprise. Leur profil est loin de celui de la working girl valorisé à l’époque.

En revanche, ces femmes ont une connaissance fine de leur territoire et de ses manques. Elles en sont les témoins privilégiés. Si elles méconnaissent d’une manière générale les rouages institutionnels, sur le territoire, elles bénéficient d’un réseau d’inter-connaissances important. Leurs échanges, leur vécu commun d’une même situation, les poussent à s’organiser pour apporter des réponses aux problèmes qu’elles rencontrent. C’est souvent ainsi que naissent leurs projets. Et c’est aussi pour cette raison qu’ils ont souvent une dimension collective.

L’entrepreneuriat collectif des femmes est une singularité des quartiers

L’entrepreneuriat collectif est une force pour ces femmes. « Ensemble on se sent plus forte » nous disent-elles fréquemment. Certaines ont essayé de s’engager dans la création d’activité de manière individuelle. Elles ont parfois fait plusieurs tentatives qui se sont souvent soldées par un échec. Le collectif apporte alors la force nécessaire pour se relancer dans l’aventure.

Le collectif est également le moyen de pouvoir associer la multiplicité de leurs compétences et de pallier leurs éventuels manques. En effet, la diversité présente dans le collectif en fonction des origines culturelles, des parcours migratoires, des trajectoires individuelles, est un facteur de richesse pour le projet d’activité économique : chacune en fonction de son parcours, de son histoire, a quelque chose de particulier à mettre dans le pot commun.

Mener un projet à plusieurs permet aussi de trouver des solutions en terme d’articulation des temps de vie. C’est par exemple le cas de celles qui s’engagent dans un projet de création de service traiteur ou de restaurant interculturel. Les horaires de travail sont peu compatibles avec une vie de famille. Grace au collectif, elles peuvent alors organiser leur temps de travail en fonction des contraintes de chacune.

Une ressource pour le territoire et pour l’égalité femmes-hommes

Pour toutes les raisons, les projets initiés par ces femmes constituent une richesse pour le quartier. Quand on parle de développement économique, on pense quasi exclusivement monnaie sonnante et trébuchante et on met le plus souvent de côté tout un pan de la création de richesse dont il faut pourtant tenir compte. Ces projets qui relèvent de l’économie sociale et solidaire (ESS) sont porteurs de sens au-delà de la création de richesse qu’ils permettent.

Soutenir les projets de ces femmes permet d’abord de les repositionner dans la société d’une manière dynamique. Fréquemment, au démarrage du projet, les femmes rencontrent des difficultés pour se libérer de leurs obligations familiales, elles subissent parfois une pression de la part de leur mari qui ne voit pas l’intérêt de leur démarche. Mais quand le projet prend forme, que l’association est écoutée par les pouvoirs publics, qu’elles contribuent à faire vivre la famille, elles gagnent en crédibilité et en assurance. Leur parole est alors mieux entendue dans la famille.

Au-delà de ce bénéfice qui est dans un premier temps individuel, leurs projets contribuent au vivre ensemble. C’est pour cette raison d’ailleurs que la notion de création d’activité est plus adaptée : ces initiatives ont pour ambition d’agir sur les conditions de vie de leur territoire. Ils permettent de répondre à des besoins qui sont peu couverts (gardes d’enfants, bien être, lien social, etc.).

Pourtant, malgré ce potentiel, les femmes des quartiers sensibles rencontrent de nombreuses difficultés pour mener leur projet de création. On observe en effet une déperdition importante chez les porteuses de projets. Elles sont nombreuses à abandonner en cours de route faute de pouvoir prendre appui sur un dispositif d’accompagnement adapté.

La dimension collective des projets n’est pas reconnue par les institutions. Il faut que le monde politique s’empare de cette question au moment même où il valorise d’un côté l’entrepreneuriat par les femmes, de l’autre la création d’entreprises dans les quartiers. L’autre difficulté à laquelle, elles se confrontent est celle de faire reconnaître la valeur de leur projet : financer des projets qui valorisent la richesse immatérielle relève en effet d’une gageure. Le rapport « Combattre maintenant les inégalités sexuées, sociales et territoriales dans les quartiers de la politique de la ville et les territoires ruraux fragilisés » du groupe de travail EGATER mis en place par le HCEfh le souligne amplement et fait des recommandations pour y remédier.

Un projet d’incubateur d’activité économique pour les projets d’activité économique porté par les femmes

Le projet d’incubateur permet de recevoir des collectifs atypiques qui portent un projet de création d’activité économique dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. L’accompagnement de l’ADEL est alors triple. Il s’agit de  :

  • accompagner les femmes dans le renforcement de leurs compétences professionnelles (parfois via la valorisation de compétences acquises à travers leurs charges domestiques) et de les former à l’entreprenariat collectif
  • accompagner la construction du projet (l’émergence, la structuration du projet, la réalisation d’une étude de faisabilité participative, le montage et la création du projet).
  • mobiliser des partenaires pour les conduire à soutenir le projet et à reconnaître leur caractère structurant pour le territoire. L’incubateur constitue en effet un sas pour renforcer la confiance des partenaires face au caractère atypique du projet et des personnes qui le porte. L’idée est de pouvoir les convaincre de la viabilité du projet et du fait que les femmes qui les portent ont des compétences. Ce processus est essentiel pour qu’ils puissent ensuite bénéficier du soutien des structures d’accompagnement.

Cet incubateur sera par la suite décliné sur plusieurs territoires en Ile de France pour l’ancrer sur chaque territoire de projets. Il constitue alors aussi un lieu d’échanges et de rencontres pour permettre aux femmes de constituer ou renforcer leurs réseaux.

L’ADEL conduit aussi des missions et des études dans le champs de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Récemment, l’ADEL a participé à la réalisation d’études d’opportunité pour l’implantation des Accorderies parisiennes du Grand Belleville et de Porte de Vanves. L’agence intervient aussi dans le cadre du dispositif local d’accompagnement (DLA). L’ADEL est largement impliquée dans le champs de l’économie solidaire, elle a co-organisé avec le CIRTES et le Labo de l’ESS un important colloque « Entreprendre au Pluri’elles : Femmes actrices de l’économie sociale et solidaire » qui s’est tenu le 3 février 2014.

 

Pour aller plus loin

Le site de l’ADEL

La synthèse du Colloque « Entreprendre au Pluri’elles : Femmes actrices de l’économie sociale et solidaire »

Le rapport du HCEfh « Combattre maintenant les inégalités sexuées, sociales et territoriales dans les quartiers de la politique de la ville et les territoires ruraux fragilisés »

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