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Booster l’égalité femmes·hommes dans les organismes de formation : la Région Bretagne nous explique les origines de MégalitE

Nom de code : MégalitE. Ambition de ce programme financé par la Région Bretagne : accompagner les professionnel·les des organismes de formation (OF) et des centres de formation des apprenti·es (CFA) à intégrer l’égalité femmes·hommes dans leur organisation et leurs pratiques. 35 structures volontaires se sont engagées dans la démarche. Pour quelles raisons et avec quelle ambition pour la Région Bretagne ?

Anne Patault, vice-présidente chargée de l’égalité, de l’innovation sociale et de la vie associative et Frédérique Pondemer, cheffe du pôle Egalité des droits et innovation sociale au Conseil régional, ont répondu à nos questions.

Pourquoi avoir lancé MégalitE en 2016 ?

« Nous sommes convaincu.es que nos réflexes culturels sont tellement ancrés que, pour en changer, il faut procéder avec de la méthode et prendre le temps. » Anne Patault, vice présidente de la Région Bretagne

Anne Patault : La formation est une des compétences majeures de la Région, qui a pris l’engagement de diffuser largement la culture de l’égalité femmes·hommes. Or, nous sommes convaincu.es que nos réflexes culturels sont tellement ancrés que, pour en changer, il faut procéder avec de la méthode et prendre le temps. C’est pourquoi nous avons choisi de nous appuyer sur des professionnelles de l’égalité FH, connaissant très bien le monde de la formation – comme le cabinet Perfégal pour accompagner ces établissements, les faire progresser dans leurs pratiques.

Frédérique Pondemer : Voilà plus de 10 ans que la Région s’est engagée pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes au sein de ses politiques et plus particulièrement auprès des acteurs et actrices de la formation. Nous avons commencé par faire de l’égalité FH un critère d’instruction puis de sélection dans nos marchés publics de formation, pour encourager ces établissements à s’interroger, à promouvoir l’égalité professionnelle en direction de leurs salarié·es comme des stagiaires. Ensuite, nous avons formé des professionnel·le·s et inscrit un module de sensibilisation à l’égalité femmes·hommes obligatoire, destiné à tou·tes les apprenant·e·s arrivant en formation. A ce jour, près de 72 000 stagiaires ont pu en bénéficier. MégalitE est la suite logique de toutes ces actions volontaristes.

Pourquoi était-ce important que les participant·es engagée·s dans MégalitE soient volontaires ?

Anne Patault : Nous ne pouvons pas nous adresser à tous les organismes de formation, ce serait énormément d’argent. Mais surtout, si on veut procéder à une vraie transformation culturelle, il faut être volontaire.

Frédérique Pondemer : Nous souhaiterions que ces structures s’engagent pour faire réseau en Bretagne auprès de leurs pairs et plus largement sur le territoire. En contact avec des jeunes, des professionnelle·s de l’insertion et de l’emploi, des entreprises, des parents…, c’est tout un écosystème qui peut être impacté ! Sans volonté et mise en mouvement de leur part, alors que l’égalité FH relève de transmission de savoirs, d’éducation et d’apprentissage, ce serait bien sûr plus compliqué. Ces établissements peuvent devenir des vrais moteurs de changement, de transformation des réalités du quotidien.

La Région n’a pas vocation à faire à la place ou à être derrière chacun pour faire de l’égalité FH. De notre côté, nous prenons nos responsabilités, nous semons et interpellons avec l’ambition d’encourager, de susciter, de rassembler afin d’en faire une affaire publique, en débat, portée par toutes et tous.

Quels objectifs visez-vous, avec MégalitE ?

Anne Patault : Diffuser la culture de l’égalité, ça prend du temps. On constate que même dans les établissements qui ont déjà participé au programme, ce n’est pas toujours évident de projeter spontanément une femme dans le métier de carrossier ou un homme dans celui d’esthéticien. Mais ça bouge, grâce à des actions comme MégalitE, et aussi parce qu’on observe une telle tension sur le recrutement, que certaines entreprises -je pense à la grande distribution – réalisent qu’elles ne peuvent plus se contenter de recruter parmi une seule moitié de l’humanité. Vous savez, le comble de la réussite pour une élue “égalité” serait de pouvoir disparaître ! On n’en est encore loin. Alors on continue.

« L’envie de faire et d’obtenir des résultats n’a peut-être jamais été aussi forte, des nouvelles volontés s’affirment, des femmes et des hommes s’engagent. » Frédérique Pondemer, cheffe de mission égalité

Depuis trois ans, que retenez-vous de la mise en œuvre de ce programme ? 

Frédérique Pondemer : MégalitE a permis de créer des outils qui circulent bien au-delà des organismes accompagnés. L’envie de faire et d’obtenir des résultats n’a peut-être jamais été aussi forte, des nouvelles volontés s’affirment, des femmes et des hommes s’engagent. Je pense aux directrices du Pont supérieur, qui ont accompli un important travail, rédigé une charte éthique, mis en œuvre des actions de sensibilisation, revu les supports de communication de l’école etc… Ce qui peut être un non-sujet au départ devient objet de débat, voire de combat, mais des comportements changent : c’est tout l’objet de MégalitE et de ce que cette démarche peut faire germer ailleurs, chez d’autres acteurs, dans d’autres univers…

Anne Patault : Je pense à l’IFAC de Brest, qui forme à beaucoup de métiers, de la mécanique à la cuisine en passant par les soins du corps. Nous y avons inauguré la place de la mixité en octobre dernier : un lieu symbolique rassemblant des graphs réalisés par l’artiste Nazeem et des apprenti.e.s. L’équipe aurait pu ne pas donner tant d’importance à ce projet : l’événement a duré toute la journée, en présence d’élu·es, de jeunes, de professionnel·les, de la direction… Nous avons discuté des progrès réalisés mais aussi de ce qu’il restait à accomplir. Voilà des signaux très encourageants !

Propos recueillis par Clémence LEVEAU

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