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La mobilité, un facteur d’insertion crucial pour les femmes en milieu rural

mobilité des femmes

La difficulté à se déplacer constitue l’un des principaux freins pour l’accès à l’emploi des femmes dans les territoires ruraux. Mais la mobilité peut aussi être un levier. Témoignages dans le cadre d’une étude réalisée par Perfégal dans l’Allier.

« Les moyens de transport ! » C’est ce que Nadine[1], 42 ans, sans permis de conduire, améliorerait sans hésiter si elle disposait d’une baguette magique. Pour elle comme pour les autres femmes que le CIDFF[2] de l’Allier accompagne vers un retour à l’emploi, la question de la mobilité est cruciale. Un fait que soulignait l’Etude relative aux freins et aux leviers pour l’accès à l’emploi des femmes dans les territoires ruraux, pilotée par le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) et réalisée par les équipes de Perfégal et Geste en 2017. Celle-ci relevait que 91 % des déplacements des habitant.e.s des territoires ruraux se font en voiture, pour 80,1 % des déplacements en pôle urbain.

La voiture, premier mode de déplacement

Or pour certaines de ces femmes, réunir au minimum 1300 euros pour passer le permis de conduire est impossible – et les listes d’attentes pour des aides financières par Pôle Emploi souvent longues. Celles qui le possèdent n’ont, en outre, pas forcément accès à un véhicule, comme l’explique Sandra : « Mon mari et moi n’avons qu’une voiture pour deux, à cause du coût des assurances. Alors quand je l’utilise, lui va au travail à vélo. »

Le budget carburant est aussi problématique. Carole, qui vit dans un hameau et doit tous les matins conduire son fils à l’arrêt de car scolaire dans le bourg le plus proche, déplore avoir « déjà raté une opportunité professionnelle car je ne pouvais plus mettre une goutte d’essence dans la voiture… »

« Trop isolée à la campagne », Marie-France, 58 ans, a ainsi déménagé en centre-ville de Varennes-sur-Allier, 3000 habitant.e.s, pour être « auprès des services ». Si sa vie est en partie simplifiée, cela ne facilite pas pour autant sa mobilité professionnelle. L’étude observait en effet que « les femmes actives dans les territoires ruraux travaillent davantage hors de leur commune de résidence : 51,2 % pour 45,9 % des femmes en pôle urbain ».

Transport à la demande et covoiturage, comme alternatives ?

Bien sûr, le département de l’Allier dispose d’un réseau de transports en commun (autocars, trains), mais les horaires imposent une organisation complexe pour des familles où les plannings des enfants, d’âges différents, se chevauchent à ceux des parents, qui occupent souvent des emplois précaires où les temps partiels, les coupures et les horaires décalés sont courants.

Des initiatives existent, telles que les plateformes de mobilité. Le Conseil Départemental de l’Allier a quant à lui développé un service de transport à la demande ouvert à toutes et à tous, permettant de réserver pour le lendemain un trajet jusqu’à la « commune-centre » de son choix dans un périmètre délimité. Il s’agit ensuite pour le CIDFF de transmettre l’information à ces femmes qui ignorent parfois son existence ou son fonctionnement, et souffrent également de blocages psychologiques face à des nouveaux modes de déplacements. Le covoiturage, par exemple, donne des frissons à Nadine qui ne peut s’imaginer monter en voiture avec des inconnu.e.s.

Des leviers d’insertion socio-profesionnelle

Si elle peut être un frein, la mobilité peut pourtant constituer un véritable levier pour ces femmes éloignées de l’emploi. C’est le cas pour Nathalie, devenue conductrice de bus. Accompagnée par l’Association pour le développement économique dans le bassin de Montmarault (A.D.E.M) via des Ateliers de mobilisation personnelle et professionnelle[3], la jeune Bourbonnaise a repris confiance en elle après un départ professionnel chaotique. Elle a pu ainsi suivre une formation et trouver ensuite très facilement un poste compatible avec ses contraintes de mère célibataire de trois enfants, dans ce secteur qui recrute. « A 32 ans, on m’a dit que je ne pourrais plus jamais travailler à cause de mes soucis de santé. Et aujourd’hui, je fais un métier qui me plaît », raconte-t-elle avec le sourire. Dans quelques années, Nathalie envisage même de reprendre les rênes d’une entreprise de transport. Une belle réussite.

Article rédigé par Anaïs Giroux, en stage à Perfégal dans le cadre d’un Master études de Genre


[1] Tous les prénoms ont été changés

[2] Centre d’Information des Femmes et des Familles

[3] les AMPRO sont cofinancés par le Conseil Départemental pour le coût pédagogique et le Conseil Régional pour l’indemnisation des stagiaires.