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Lyon et Strasbourg adoptent la budgétisation sensible au genre, communément appelée Budget genré.

Lyon et Strasbourg sont les deux plus grandes villes françaises à mettre progressivement en place la budgétisation sensible au genre (BSG).

Perfégal a réuni un consortium d’expertes pour les accompagner. Toute la démarche est à adapter, la BSG étant encore peu connue et développée en France.

 

Un an au moins sera nécessaire à Lyon et Strasbourg pour mettre en place une budgétisation sensible au genre (BSG, voir l’encadré ci-dessous). Leur accompagnement a commencé au dernier trimestre 2021 et Lyon souhaite adopter la BSG à l’ensemble du budget à l’horizon 2023-2024.

D’ici là, plus de 100 personnes, de six directions techniques et financières, ainsi que des élu.es, seront formées à la BSG à Strasbourg et Lyon. « En France, la BSG est encore peu connue et tout reste donc à adapter aux collectivités françaises. C’est pour cela que le cabinet Perfégal a réuni autour de lui un consortium d’expertes », explique Isabelle Gueguen, co-dirigeante de Perfégal. Le cabinet s’est allié à l’association L’Être Égale et dispose ainsi de l’expertise de Claudy Vouhé, spécialiste en intégration du genre dans les politiques publiques et BSG, notamment à l’international. Deux consultantes en égalité femmes-hommes complètent l’équipe : Aurélie Arquier et Céline Calvé.

Des politiques publiques qui ne sont pas neutres

 Pour Lyon et Strasbourg, il s’agit d’aller plus loin que la mise en place d’actions spécifiques en faveur de l’égalité femmes-hommes. « Nous devons repenser les politiques publiques et notamment les budgets avec une approche intégrée de l’égalité », indique Sophie Clerc, chargée de mission droits des femmes et égalité de genre pour la Ville de Strasbourg.

Même approche à Lyon : « il faut analyser objectivement la façon dont les dépenses publiques sont réparties entre les femmes et les hommes. Ainsi nous pourrons avoir un débat démocratique, que nous pourrons expliquer tel choix et pas un autre. Cela touche à la question de la redevabilité », précise Audrey Henocque, élue écologiste et première adjointe au maire de Lyon.

La BSG permet ainsi de prendre conscience que les politiques publiques ne sont pas neutres mais peuvent avantager une partie de la population, parfois au détriment des femmes. Car comme le souligne Rémy Le Floch, chargé de mission Égalité à la Ville de Lyon, « nous savons, socialement, où se trouvent les inégalités femmes-hommes, mais il faut les objectiver et que les actions déclinées par la collectivité en tiennent compte  ».

Convaincre les élu.es et les équipes techniques

Dans la première phase d’accompagnement, il y a deux objectifs. D’abord, déconstruire l’idée que la BSG serait d’avoir d’un côté un budget pour les femmes, et d’un autre côté un budget pour les hommes. Ensuite, rassurer les équipes et les élu.es.

« Il faut former, sensibiliser les élu.es et les équipes techniques sur comment nous pouvons utiliser la BSG. Il est important de rassurer les agents sur le bien-fondé de cette démarche, car certains craignent que cela ne représente une somme de travail importante », constate Claudy Vouhé, de l’association L’Être Égale. A la direction des sports strasbourgeoise, « nous savons qu’il y a des inégalités structurelles, notamment dans les pratiques sportives », souligne Sophie Clerc. « Les équipes n’adhéraient pas au départ à cette démarche, avec la peur d’être pointées du doigt comme étant les mauvais élèves de l’égalité femmes-hommes. D’où la nécessité de communiquer en amont ».

A Lyon, Audrey Henocque a noté deux principales difficultés. La première au niveau des élu.es. « L’égalité femmes-hommes a été invisibilisée dans la société et on ne sait pas forcément que les politiques publiques ont un genre, que les usagers masculins ont plus bénéficié des budgets municipaux que les femmes. Les opposants peuvent donc s’imaginer qu’on veuille agir contre les hommes ». Second obstacle, la technicité des budgets municipaux. « Les services de la Ville n’ont pas l’habitude de pouvoir évaluer en quoi telles mesures participent ou non à l’égalité femmes-hommes. Nous essayons donc de construire des indicateurs spécifiques au budget. On doit un peu tout construire », rappelle l’élue lyonnaise.

Autre difficulté : le manque de données sexuées. « Elles existent mais il n’y a pas encore le réflexe de les collecter, de les analyser et d’en faire un outil d’analyse et de rectification des politiques publiques », constate Sophie Clerc à Strasbourg.

Des avancées dès le début de l’accompagnement

Reste que l’accompagnement, différent pour les deux villes, s’avère prometteur. A Lyon, les dépenses ont déjà été catégorisées, entre celles qui peuvent être considérées comme neutres, celles contribuant directement à l’égalité femmes-hommes et celles dont les résultats sont genrables, c’est-à-dire qui doivent être évalués au regard de leurs impacts différenciés sur les femmes ou les hommes. « Ce qu’on en retire c’est que la partie neutre est importante. Quand on travaille plus finement on se rend compte que la moitié de cette partie neutre peut être réattribuée en dépenses genrables », détaille Audrey Henocque.

A Strasbourg, c’est notamment un travail de visibilisation des actions en faveur de l’égalité femmes-hommes qui a pour l’instant émergé. « Aux sports il y a beaucoup d’actions pour l’égalité femmes hommes mais qui ne sont pas forcément mises en avant », remarque Sophie Clerc. « La BSG nous sert aussi à bonifier la gestion de projet, qui nous permet d’améliorer les pratiques et les actions pour réduire les inégalités femmes-hommes ».

Aurélie Fontaine 

Qu’est-ce que la budgétisation sensible au genre (BSG) ?

La BSG est un moyen et un outil pour mesurer et favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes dans les politiques publiques, au niveau d’un état, d’une collectivité, voire d’une organisation. Une des méthodes consiste à catégoriser les dépenses, qu’elles soient de fonctionnement et/ou d’investissement, selon leur impact sur l’égalité et à objectiver cet impact avec des indicateurs.

En France, les villes de Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Rennes, Brest, Montreuil ou plus récemment le département de la Charente, ont adopté un budget genre, à différentes échelles et modalités. Perfégal accompagne également actuellement la ville de Lille et de la Courneuve sur la BSG et intervient sur des projets au Maroc, en Palestine et au Tchad.

Un guide sur la BSG a été réalisé par Perfégal et le centre Hubertine Auclert, vous pouvez le télécharger ici.