Au service de l'égalité femmes/hommes dans les entreprises et les territoires

Mixité, égalité : quand les organismes de formation et les CFA changent la donne !

Nom de code : MégalitE. Ambition de ce programme financé par la région Bretagne : accompagner les organismes de formation (OF) et centres de formation des apprenti.e.s (CFA) à intégrer l’égalité femmes-hommes dans leur fonctionnement. Comme employeur bien sûr, mais aussi comme structure accueillant les futur.e.s salarié.e.s de demain. Lancé une première fois en 2016, le dispositif a été relancé en 2018 pour accompagner encore plus d’établissements. Au total, environ trente-cinq, tous volontaires, se sont engagés dans la démarche. Pour quels bénéfices ? Françoise Le Rest, co-dirigeante du cabinet Perfégal, qui met en œuvre MégalitE, répond.

La première vague de MégalitE, en 2016, a été un grand succès : au point que 100% des OF et CFA concernés par le dispositif conseillent aux autres de le suivre ! Qu’est-ce qui suscite cet enthousiasme ?

Françoise Le Rest : Ce que j’ai pu constater, c’est que la volonté d’aborder la question de l’égalité femmes-hommes ne manque pas dans ces établissements de formation. En revanche, les équipes se retrouvent vite démunies quand il s’agit de mettre en œuvre des actions concrètes, ou de justifier leur démarche égalité auprès de la région, par exemple. Par où commencer ? Comment mesurer l’impact de ce qui est mis en place ? Où trouver les ressources ? C’est cette méthodologie que nous leur apportons, ainsi que le regard extérieur, la capacité à faire travailler de manière transversale les équipes, en mode projet, en sortant du quotidien traditionnel de travail. Apparemment, ça fonctionne plutôt bien !

Avant que vous ne construisiez, avec eux, une approche intégrée de l’égalité, quelles étaient les actions mises en place ?

Françoise Le Rest : Elles se résumaient en général à chiffrer le nombre de femmes accueillies dans les formations, et à la réalisation d’un module de sensibilisation auprès des stagiaires, rendu obligatoire par la Région et financé par elle. Parfois, dans les centres de formation, il y avait une personne en charge de l’égalité, mais aucune mesure d’impact.

Pourquoi y a-t-il un enjeu majeur pour ces deux grands acteurs de la formation à se saisir des questions d’égalité femmes-hommes ?

Françoise Le Rest : Les enjeux sont multiples. Financiers, bien sûr : la région, principal pourvoyeur de fonds, demande des comptes à ce sujet. Mais au-delà de cet aspect, il y a bien sûr un enjeu d’innovation sociétale : ces lieux forment les salarié.e.s de demain ! Aujourd’hui, faut-il le rappeler, on évalue à seulement 17% la proportion de métiers mixtes, c’est à dire comptant au moins 40% de l’un ou l’autre sexe. Le rôle des OF et des CFA est essentiel dans la perpétuation ou non des inégalités entre les femmes et les hommes. Enfin, il y a un enjeu fort autour de l’amélioration des pratiques professionnelles : nous engageons avec chacun de ces organismes une réflexion globale sur les supports de communication, les méthodes d’animation pédagogiques, les méthodes de recrutement etc. L’idée c’est vraiment que le sujet de l’égalité soit intégré dans toutes les pratiques, auprès des stagiaires et des apprenti.e.s, comme des salarié.e.s.

 

 

Expliquez-nous : concrètement, comment mettez-vous en œuvre le dispositif MégalitE ?

Françoise Le Rest : Notre démarche s’articule en trois phases. Nous commençons par passer une journée sur place à recueillir des données quantitatives et qualitatives. Par exemple, nous posons ces questions : en tant qu’employeur, nos interlocuteurs embauchent-ils davantage les femmes que les hommes en CDD ? Celles-ci ont-elles un accès similaire aux promotions et à la formation ? Nous dressons un rapport de situation comparée par établissement. Et nous le complétons par des focus groupes pour recueillir la vision des apprenant.e.s sur l’égalité femmes-hommes et la place que le centre donne à la mixité. C’est intéressant, car en guise d’amélioration ils.elles livrent souvent des constats très pratico-pratiques : des tenues de travail pas adaptées pour l’un ou l’autre sexe, l’envie d’accrocher un miroir dans des vestiaires des garçons quand il y en a déjà un dans celui des filles, des façons de parler de formateurs.trices (« les gars » dans des groupes très peu féminisés)…

Une fois que cet état des lieux est dressé, comment procédez-vous ?

Françoise Le Rest : Nous organisons une journée de sensibilisation à l’égalité à destination d’une partie de l’équipe pédagogique -celle qui veut s’investir, ou que nous avons identifiée comme tel – et de la direction. C’est l’occasion de revenir sur la construction des inégalités, des stéréotypes, et de restituer le diagnostic dont je vous parlais plus haut. C’est ce qui nous permet de poser les bases de la phase suivante : celle de l’établissement du plan d’actions, qui nous demande une nouvelle journée de travail collectif. La mise en œuvre des actions prend ensuite entre une année et une année et demi. Nous accompagnons ce déploiement, et nous revenons à la fin de ce processus pour évaluer et dresser un bilan. De l’administration à la comptabilité, de la direction aux équipes pédagogiques : il est fondamental que tous les personnels soient mobilisés et comprennent les avantages du dispositif, pour garantir son succès.

Vous suggérez à tous la création d’un observatoire de données sexuées pour les apprenant.e.s : pourquoi ?

Françoise Le Rest : Comment se fixer des objectifs de progression sur ce qu’on ne mesure pas ? Or souvent, dans les OF ou les CFA, les données sont dispersées ou manquantes : l’observatoire permet de les rassembler, de les organiser, et de compléter celles qui font défaut. Il suffit parfois d’ajouter une colonne « sexe »  dans un tableur, par exemple, pour mieux évaluer, pour les filles et les garçons, le taux de déperdition dans les filières, le taux de sortie positive, les types de contrat de travail obtenus, le montant des rémunérations perçues en sortie de formation etc.

Donnez-nous d’autres exemples d’actions mises en place grâce à votre accompagnement ?

Françoise Le Rest : On peut en citer plein ! Je pense à ces kakémonos élaborés par l’IFAC/CFA de Brest : l’un montre un jeune homme en formation d’esthéticien, et l’autre une future mécanicienne (voir plus haut). Initiatives Formation, de son côté, a créé un module e-learning de sensibilisation. C’est un outil génial pour diffuser la culture interne de l’égalité aux équipes pédagogiques. Celles en place, et celles qui seront recrutées demain. Mais on peut aussi revoir tous les supports de communication et les reformuler en écriture inclusive. Dans les établissements qui disposent d’un internat notamment, on peut mettre en place un dispositif de signalements des actes sexistes et sexuels. Le Centre de formation des apprenti.e.s de Brest avance bien sur le sujet. L’idée c’est de construire le dispositif avec les équipes (infirmièr.e.s, formateurs.trices etc.), et de faire le lien avec les dispositifs existants sur le territoire (psys, médecins, associations…).

 MégalitE demande-t-il un gros investissement de la part des équipes ?

 Cela requiert une implication forte de la direction, j’insiste parce que c’est vraiment essentiel. Et effectivement, un bon investissement des équipes, mais surtout dans les premières phases de la mise en œuvre. Cela dit, grâce à notre travail de sensibilisation en amont, tout le monde voit vite l’intérêt de s’y mettre : outre le projet, qui est enthousiasmant, notre approche permet d’innover dans les outils, de revoir l’existant et de professionnaliser les pratiques. C’est donc très positif. Le plus difficile, c’est de se lancer !

  Quelles perspectives imaginez-vous pour ce projet ?

 Je voudrais que nous puissions l’étendre encore davantage. Mais, si on prend encore plus de hauteur, j’aimerais qu’on décloisonne, et qu’on puisse créer un consortium d’organismes de formation et de CFA qui travaillent sur le sujet de l’égalité, par territoire, pour impulser une dynamique locale et nationale sur les politiques d’emploi et de formation. MégalitE est vraiment un dispositif innovant, impulsé par La Région Bretagne, il devrait prendre encore plus d’envergure.

Propos recueillis par Clémence LEVEAU